Les temps difficiles que nous traversons trouvent leur origine dans de multiples causes, dont les crises économiques et financières ne sont que les conséquences cataclysmiques.
Tout a concouru à cette réaction en chaîne fatale.
Mais surtout la perte de la foi dans des vertus spirituelles au profit de valeurs matérielles.
Je n’entends pas ici vertus spirituelles dans le sens confessionnel du terme, mais dans tout ce qui a trait à la probité, au courage, au sens de l’effort, à la solidarité, en un mot à l’exemplarité. Autant de gros mots auxquels le banditisme des puissants assoiffés du pouvoir que confère l’argent, généralement mal acquis, a donné le coup de grâce. *
Sans parler du spectacle donné avec cynisme et mépris au peuple de l’injustice criante de leur supériorité matérielle écrasante.
L’exemple, bon ou mauvais, vient de haut.
Depuis quelques décennies, le pire exemple vient des puissants aussi bien du monde politique que de celui des affaires (au sens propre comme au figuré).
Et que l’on ne me taxe pas de populisme, ce serait trop facile !
Alors, face à ce déballage affligeant, comment espérer que le travailleur lambda s’inflige les contraintes d’un comportement sans failles et n’en vienne pas, lui aussi, à sombrer progressivement dans les petites magouilles qui sont à sa portée : déclarations frauduleuses (impôts, santé, prestations sociales, travail, indemnités…), tirage au flanc et combines diverses.
Je ne l’excuse pas, mais je le comprends.
Point de salut sans exemplarité du haut en bas de la société et pour s’en sortir, il est impératif de commencer par le haut si l’on veut demander au bas de suivre.
Dans le monde politique, limitation du nombre de mandats, généralement entretenus à vie à force de démagogie et de clientélisme, en un mot d’électoralisme.
Plus de cumul de mandats.
Plus de rémunérations ni de privilèges (indemnités, transports, retraites) exorbitants (comparer avec les autres pays occidentaux ! Le blog Hermès n° 7 reste valable sur ce point).
Contrôle de l’(in)activité assorti de sanctions.
Radiations à vie en cas de malversations.
Dans le monde des affaires, révision du mode et de l’éthique de fonctionnement des conseils d’administration afin de réduire les conflits d’intérêt, un accroissement des dividendes incompatible avec la santé des entreprises et l’intéressement des salariés, la hausse inconsidérée des rémunérations des dirigeants, suppression des parachutes dorés injustifiés.
Dans le monde du travail, restaurer les notions de temps de travail, de productivité et prendre en compte les niveaux de qualification.
TEMPS DE TRAVAIL
Depuis trop longtemps maintenant, on entend , à mon humble avis, dire tout et n’importe quoi sur le temps de travail et sur l’effet de ses variations sur l’emploi et l’économie.
Depuis trop longtemps maintenant, on entend la droite française, s’appuyant sur des statistiques contestables (surtout ces dernières années où tout peut être imputé à tout), vilipender le passage aux 35 heures et ses effets dévastateurs sans la moindre démonstration à l’appui…ce qui autorise les fainéants et démagogues de tout poil à nier tout en bloc et à continuer à revendiquer de nouvelles réductions d’horaires (cf les dockers, grutiers et marins du port de Marseille, les cheminots et autres accros du travail).
Et pourtant, il suffit d’un recours à l’arithmétique la plus élémentaire pour démontrer que la réduction du temps de travail ne crée pas d’emplois, mais, au contraire, en détruit.
Passer la semaine de 40 heures à 35 heures c’est-à-dire réduire le temps de travail de 12,5% revient, à rémunération inchangée, à augmenter au moins d’autant les coût et prix des produits du travail.
Il ne fait, en conséquence, aucun doute que le consommateur va délaisser les produits français au profit des produits étrangers qui, à niveau de rémunération identique pour au moins 40 heures hebdomadaires, coûtent, toutes choses égales par ailleurs, au minimum 12,5% moins cher.
Ce faisant, le consommateur français condamne à terme celles de nos entreprises qui n’ont pas encore à s’affronter à la concurrence des pays émergents à la faillite et leurs employés au chômage. Comme la plupart des consommateurs sont également des employés, cela revient pour eux à se tirer une balle dans le pied.
Plus personne ne conteste la désindustrialisation de la France. La plus grande part de nos industries, en termes d’emploi et de profits, (textile, chimie, métallurgie, toutes industries manufacturières, électronique grand public (TV, radio, Hi-fi, micro-ordinateurs, électroménager), optique (appareils photo, caméscopes …) a été tuée ou mise à mal (automobile) par la concurrence étrangère.
Ne subsistent, mais pour combien de temps, que les industries à forte composante scientifique comme l’énergie (pétrole, nucléaire et énergies nouvelles) l’aérospatiale (aviation, satellites, fusées…), l’armement (!), le BTP, les transports grande vitesse (TGV).
Et encore, ce dernier carré industriel, qui ne représente plus, en termes d’emplois, que 36% des effectifs industriels d’après guerre, est-il de plus en plus menacé par les pays émergents qui, en contrepartie de marchés pour eux momentanément incontournables, exigent des transferts de technologie (lorsqu’ils ne peuvent pas tout simplement la copier).
PRODUCTIVITE
Pour commencer, deux anecdotes, si je puis dire, vécues :
Dans le cadre de ses études dans une école de chimie, la fille d’un ami a fait un stage en entreprise. S’étant vue confier par son tuteur un lot d’analyses, elle s’est attelée à la tâche, sans doute avec zèle pour être bien notée. Toujours est-il qu’elle en s’est acquittée en trois jours et ce au grand mécontentement de son tuteur qui l’a tancée au motif qu’elle avait accompli là un travail prenant habituellement un mois dans son service, et qui lui a enjoint en conséquence de se calmer pour le restant de son stage si elle tenait à une bonne appréciation.
Coût et prix unitaires d’une analyse effectuée par cette entreprise entre 8 et 10 fois ceux résultant d’une productivité normale !
Deuxième anecdote : Pas plus tard que ce matin, prenant un pot à la terrasse ensoleillée d’un café toulousain, j’entends, sans prêter l’oreille, la conversation d’un jeune homme à la table voisine, racontant qu’il a été envoyé par son entreprise sur un site du CNES à huit heures pour y effectuer des travaux d’entretien.
N’y trouvant personne, il a quand-même pu, avec les clés qu’ont lui avait confiées, y pénétrer, allumer les lumières et se mettre au boulot.
Jusqu’ici rien de très anormal.
Cela le devient quand il dit avoir vu débarquer le premier arrivant aux alentours de 9h30.
Il y a longtemps, on plaisantait déjà sur l’existence dans les couloirs d’une ligne jaune médiane pour séparer les partants des arrivants !
Blague mise à part, j’ai connu des employés qui, à l’inverse, embauchaient tôt le matin et repartaient tard le soir ou au moins juste après leur hiérarchie, la croyant assez naïve pour s’en faire ainsi bien voir, mais qui n’en dilapidaient pas moins leur temps de présence en lecture de journaux, réunions inutiles, conversations oiseuses, interminables et sans aucun rapport avec le travail autour de la machine à café.
Qu’il soit imputable à de l’inefficacité (lenteur, paresse, maladresse, incompétence) ou à du tirage au flanc, le défaut de productivité est un véritable fléau pour les entreprises et leur niveau d’emploi, pour l’économie et pour le pays.
Et, cependant, il n’en demeure pas moins vrai que si les entreprises publiques et privées n’employaient que les effectifs à productivité normale qui leur sont strictement nécessaires, la majorité de la population en âge de travailler se retrouverait au chômage.
QUALIFICATION
Si la robotisation des tâches industrielles, l’informatisation des tâches administratives et de gestion, l’automatisation de procédures et d’activités diverses ont créé beaucoup de nouveaux emplois, elles en ont détruit encore plus et mis sur la touche des millions de travailleurs que ni les capacités, ni la formation ne pouvaient sauver du chômage.
Ne peuvent plus prétendre à un emploi que ceux dont la qualification et le potentiel protègent de la menace des ̏ progrès ̋ de la Technique. Et encore faut-il qu’ils fassent l’effort de se mettre à jour en permanence des évolutions de leur discipline, voire d’en changer en cours de carrière.
Dans une telle hypothèse pour ne pas dire perspective, il n’est cependant pas concevable que nous évoluions vers un monde dans lequel les profits des entreprises et les rémunérations de leurs employés contribueraient à entretenir une majorité de la population que sa disqualification condamne à l’inactivité.
D’autant moins concevable que les effets de l’adage, jamais démenti, selon lequel l’oisiveté est mère de tous les vices, s’en trouveraient amplifiés jusqu’au chaos.
C’est évidemment là LE problème majeur et crucial auquel personne ne semble connaître de solution.
CONCLUSION
Si, en toute logique, l’évolution que l’on vient d’évoquer semble inéluctable, on ne peut cependant pas s’y résoudre.
Il est vital pour l’équilibre de la société et du monde que toute personne en âge de travailler, travaille.
Comme les capacités de la majorité ne lui permettent pas d’accéder aux emplois qui ne sont pas encore frappés d’obsolescence, il est urgent d’INVENTER pour elle, essentiellement dans les services, des emplois cohérents avec ses capacités, certes à faible valeur ajoutée, mais qui lui confèrent un sentiment d’utilité, de respectabilité et, la rémunérant et l’occupant, la privent autant que faire se peut de tentations et de possibilités de délinquance.
Ne serait-ce que pour des raisons de financement, cela prendra du temps, beaucoup de temps, c’est pourquoi il faut s’employer sans délai à restaurer la productivité des entreprises, et donc leur rentabilité, et partant une santé de l’économie qui permette de dégager les moyens d’une mise en place progressive.
Si quelqu’un connaît une meilleure solution, qu’il le fasse savoir et il deviendra instantanément riche et célèbre !
Charles Laborie
* On aimait l’or parce qu’il donnait le pouvoir et qu’avec le pouvoir on faisait de grandes choses. Maintenant on aime le pouvoir parce qu’il donne l’or et qu’avec cet or on en fait de petites. (Montherlant – Le Maître de Santiago A II/S I)
Entendu ce matin sur France Inter lors d’une interview de François Chérèque, secrétaire général de la CFDT :
« Les 35 heures hebdomadaires ne méritent pas le sort qu’on leur réserve. Il n’est que de regarder chez nos voisins allemands toujours montrés en exemple : leur durée hebdomadaire de travail est inférieure à la nôtre… »
Faux : En Allemagne, la durée hebdomadaire de travail conventionnelle est de 37 heures (France 35) et la durée hebdomadaire de travail moyenne est de 41,7 heures (France 41).
Si l’on ajoute à cela que les salaires allemands, toutes professions confondues, sont entre 8 et 10% inférieurs aux français, on comprendra facilement les raisons de la supériorité de l’économie allemande sur la française. Et ne parlons pas de productivité.
Je considérais jusqu’ici la CFDT comme le moins irresponsable des syndicats français…encore une erreur.
Faut quand même pas exagérer !!!
Hello,
Voici une adresse à visiter : http://www.zeitgeistmovie.com/
Zeitgeist représente une série de 3 films (un quatrième est en préparation) du même tonneau : un sympathique mélange pragmatutopique au ton légèrement pédagogique, qui présente l’avantage de poser de bonnes questions en matière de civilisation. A minima, disons en tout cas que ces films valent bien la soirée TV qu’ils vont vous épargner. L’un d’entre eux (je ne me souviens plus lequel) aborde la thématique du travail sous un angle vraiment digne d’intérêt. A priori ça n’est pas obligatoire, mais je pense qu’il est préférable de les visionner par ordre chronologique.