Motivations et politiques des états engagés dans le conflit – Bilans
I – L’Allemagne
La motivation de l’Allemagne tient en quelques mots : revanche, expansionnisme, domination.
II – La France et la fatalité
Acculée à la guerre par la menace allemande, la France n’a pas d’autre choix que de s’y engager et, en l’absence de toute politique préméditée, de la subir.
III – La Grande Bretagne et la clairvoyance
Sans avoir d’obligation immédiate de combattre l’Allemagne, la Grande Bretagne comprend très vite qu’une France faible et démotivée n’est pas à même de constituer un rempart bien solide contre les visées expansionnistes de l’Allemagne. Aussi prend-t-elle dès le début une part active à la lutte contre le danger germanique
IV – L’Union Soviétique et l’expansionnisme
Motivée par une volonté constante d’expansion, l’Union Soviétique saisit l’opportunité qui lui est offerte par l’Allemagne de réaliser ses projets en commençant par l’invasion de la Pologne. Puis, réalisant qu’elle a été flouée, elle change de camp, mais sans pour autant changer d’ambition.
Ce qui fera d’elle, en dépit des pertes immenses qu’elle a subies, un grand gagnant du conflit, car l’expansion qu’elle n’a pas pu réaliser avec l’Allemagne, elle l’a réalisée au-delà de toutes ses espérances avec les Alliés.
V– Les Etats-Unis et l’«american business”
Dans un premier temps, les Etats Unis tentent de tirer le meilleur profit possible des nations belligérantes.
Les archives internationales indiquent que nombre de sociétés US ont commercé avec l’Allemagne, puis avec la Grande Bretagne, jusqu’au début 1941 : Du Pont, Union Carbide, Westinghouse, General Electric, Goodrich, Singer, Kodak, ITT, JP Morgan…
L’innovation stratégique d’Hitler fut la “blitzkrieg”, la guerre-éclair : porter très vite ses troupes au cœur de l’adversaire. Pour cela, deux conditions indispensables : des camions et de l’essence. L’Allemagne ne disposant d’aucun des deux, Esso a fourni l’essence, et les usines allemandes de Ford et General Motors les camions. 
En 1938, le consul d’Allemagne à Détroit décore, Henry Ford, au nom d’Hitler, de la grand Croix de l’Aigle, la plus haute distinction destinée aux étrangers, en reconnaissance du soutien qu’il lui a apporté.
Une grande partie du patronat US était de ce fait pro-allemand dans les années 30 et début 40.
Les Etats-Unis avaient de plus intérêt à ce que la guerre dure longtemps. Pourquoi ?
D’un côté, les profits que leurs sociétés réalisaient en Allemagne étaient en croissance.
De l’autre côté, ils s’enrichissaient en prêtant à la Grande-Bretagne qui supportait tout le poids financier de la guerre (1).
Washington posa d’ailleurs comme condition que Londres abandonne ses colonies après la guerre. Ce qui fut fait.
Les Etats-Unis ont ainsi commencé par mettre à profit la Seconde Guerre mondiale pour affaiblir leurs rivaux et devenir la seule superpuissance capitaliste.
Henry Ford : “Ni les Alliés, ni l’Axe ne devraient gagner la guerre. Les USA devraient fournir aux deux camps les moyens de continuer à se battre jusqu’à ce que tous deux s’effondrent.”
Le futur président Harry Truman, 1941 : “Si l’Allemagne gagne, nous devons aider la Russie et si la Russie gagne, nous devons aider l’Allemagne, afin qu’il en meure le maximum de chaque côté.”
Tout cela explique que, non seulement le gouvernement, mais le peuple américains soient longtemps restés isolationnistes et passifs.
Cet état d’esprit n’a changé qu’au moment où les ventes des firmes US en Amérique latine et ailleurs furent compromises par l’agressivité commerciale allemande.
Mais aussi par les occupations japonaises qui confisquaient tout le commerce en Asie.
Et enfin et surtout par l’attaque japonaise de Pearl Harbour le 7 décembre 1941.
VI – Les contributions militaires alliées
Sans vouloir minimiser en aucune manière la part décisive que les Etats-Unis ont prise dans la victoire alliée, les historiens en conviennent : le IIIème Reich a certes été abattu sur les plages de Normandie mais d’abord vaincu dans les plaines de Russie.
Quand, le 6 juin 1944, les Américains et les Britanniques débarquent sur le continent, ils se trouvent face à 56 divisions allemandes, déployées en France, en Belgique et aux Pays Bas.
Au même moment, les soviétiques affrontent 193 divisions, sur un front qui s’étend de la Baltique aux Balkans. La veille du 6 juin, un tiers des soldats survivants de la Wehrmacht a déjà enduré une blessure au combat. 11% ont été blessés deux fois ou plus. Ces effectifs affaiblis constituent, aux côtés des contingents d’adolescents et de soldats très âgés, l’essentiel des troupes cantonnées dans les bunkers du mur de l’Atlantique.
Les troupes fraîches, équipées des meilleurs blindés, de l’artillerie lourde et des restes de la Luftwaffe, se battent en Ukraine et en Biélorussie. Au plus fort de l’offensive en France et au Benelux, les Américains aligneront 94 divisions, les Britanniques 31, les Français 14. Pendant ce temps, ce sont 491 divisions soviétiques qui sont engagées à l’Est.
VII – Les pertes humaines
Les pertes militaires allemandes avoisinent 5 millions de soldats, dont 3,85 millions morts au combat et 1,2 millions de disparus.
Sur les 3,85 millions de soldats tués, 2,25 millions (près de 60%) l’ont été sur le front de l’Est.
Moins de 100 000 étaient tombés avant juin 41. Sur les 1,2 millions de pertes allemandes après le 6 juin 44, on en compte 800 000 (les deux tiers) sur le front de l’Est.
La seule bataille de Stalingrad a éliminé (destruction ou capture) deux fois plus de divisions allemandes que l’ensemble des opérations menées à l’Ouest après le débarquement.
Les pertes civiles allemandes répertoriées, elles, sont estimées, selon les sources, de 4 à 5 millions, dont la majorité (entre 3 et 4 millions) du fait des exterminations opérées par les nazis eux-mêmes, et 635 000 victimes des bombardements massifs de cibles civiles par la RAF et l’USAF. Le tribut payé par les différentes nations, s’il est incontestablement le plus lourd de l’Histoire,varie dans des proportions considérables d’un pays à l’autre. Dans cette guerre, 211 000 soldats français, 245 000 soldats britanniques, 292 000 soldats américains ont été tués. Les Soviétiques quant à eux ont subi, selon les sources, entre 7,5 et 8,5 millions de pertes militaires et de l’ordre de 10 millions de pertes civiles. 80% des hommes russes nés en 1923n’ont pas survécu à la Seconde Guerre Mondiale. De même, les pertes militaires chinoises dans la lutte contre le Japon sont estimées à 2,2millions de soldats.
Conclusion
Chaque mort sur les champs de bataille de la Seconde Guerre Mondiale mérite notre estime et notre admiration qu’il soit américain, russe, britannique, français, belge, yougoslave, chinois et même allemand, instrument innocent d’une politique barbare.
Par ailleurs, la prise de conscience par les pays occidentaux des énormes efforts de guerre consentis sur le front de l’Est par les Soviétiques, en Asie par les Chinois et dans le Pacifique par les américains fut à l’époque et reste encore aujourd’hui relativement très faible par rapport à leur sensibilisation aux opérations européennes.
Pour décisive qu’elle fut, la contribution des Etats Unis à la victoire des Alliés sur l’Allemagne, glorifiée tant par les images épiques du débarquement que nous ont livrée les films américains — d’autant plus convaincants qu’ils demeurent, au moins pour certains, des chefs d’œuvre du septième art — que par la traversée triomphale des troupes américaines des villes et des villages sur la route de Paris, n’est pas tout à fait ce que nous ont appris des livres d’histoire peut-être écrits un peu prématurément.
Enfin, si la France doit une immense gratitude à tous ses alliés, sans lesquels on n’ose imaginer ce que serait aujourd’hui son sort, elle doit une grande part de sa reconnaissance au peuple de Grande Bretagne et à son chef, Winston Churchill, dont le soutien indéfectible, tant militaire que politique aux plus sombres moments de la guerre, fut le facteur déterminant de la victoire finale.
(1).- Dans les années 30, les Américains, avant tout préoccupés par la sortie du crash de 1929 et la reprise économique, sont isolationnistes.
Face aux périls qui s’amplifient en Europe, la seule réponse reste les lois de neutralité de 1935 et 1937, qui supposent que le président décrète l’embargo sur les armes et les munitions à destination des belligérants. Si, le 3 septembre 1939, il engage les Américains à rester neutres, il réussit cependant à faire accepter la loi Cash and Carry, qui se substitue, le 4 novembre 1939, à l’embargo total.
La campagne électorale en vue des élections présidentielles de novembre 1940 voit s’affronter deux comités, pour et contre le soutien aux Anglais. En dépit du slogan ̏America first ̋, que défend ardemment à travers toute l’Amérique le célèbre aviateur Charles Lindbergh, Roosevelt obtient un troisième mandat et peut céder cinquante destroyers à la Royal Navy en échange de bases britanniques dans l’Atlantique. Le 29 décembre 1940, il propose que les Etats-Unis deviennent “le grand arsenal de la démocratie”, puis il fait adopter par le Congrès la loi prêt-bail qui permet aux Anglais de s’approvisionner à crédit en Amérique.
Charles Laborie

Le chapitre V relève de la théorie du complot ! (I’m just kiddin’ of course)
Merci pour cette chronologie/synthèse! J’ignorais des points très importants comme (entre autres) le retournement de veste de l’Union Soviétique, les positions et commentaires hallucinants de Ford ou Truman, la Finlande qui faisait partie des forces de l’Axe, la réticence de Roosevelt à reconnaitre la légitimité de de Gaulle, et à quel point nous nous devions être reconnaissants à la clairvoyance de Churchill. Le total des pertes humaines est abasourdissant (je savais qu’il était inégalé dans l’Histoire mais je n’avais pas réalisé qu’il était de 39 millions, ce qui devait être l’équivalent de plus que la population de la France a l’époque) Ce qui est étonnant aussi, c’est que même si elles ont finalement ‘perdu’, les forces de l’Axe ont infligé plus de pertes militaires aux Alliés qu’elles n’en ont subi.